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L’abandon d’un conjoint en lieu isolé peut-il justifier un divorce pour faute ?

Publié le : 26/08/2026 26 août août 08 2026

L’essor récent du « divorce alpin » sur les réseaux sociaux place sous le regard du droit un comportement aux conséquences potentiellement graves. L’expression décrit l’abandon volontaire d’un partenaire dans un endroit isolé après une dispute, notamment au cours d’une randonnée en montagne. La personne peut alors être laissée sans équipement, sans eau, sans moyen de s’orienter ni possibilité de revenir à son point de départ.

Au-delà de sa médiatisation, cette pratique soulève une question en droit de la famille lorsqu’elle concerne des époux. L’abandon délibéré du conjoint peut-il constituer une méconnaissance des devoirs matrimoniaux susceptible d’être invoquée lors d’un divorce ?

Dans quelles circonstances l’abandon d’un conjoint peut-il survenir ?

Une affaire intervenue le 11 juillet 2026 dans la Loire illustre cette interrogation. Après une dispute, les membres d’un couple sont descendus de leur véhicule. À l’arrivée des gendarmes, le conducteur avait cependant quitté les lieux, abandonnant sa compagne sur la bande d’arrêt d’urgence.

Le « divorce alpin » ne correspond à aucune catégorie juridique propre. Entre personnes mariées, les circonstances de l’abandon peuvent néanmoins être appréciées au regard des devoirs du mariage. Selon l’article 212 du Code civil, les époux se doivent réciproquement respect, fidélité, secours et assistance. Cette obligation d’assistance traduit une solidarité personnelle et morale, particulièrement significative lorsque l’un des conjoints affronte une difficulté ou un danger.

Un tel comportement peut-il constituer une faute conjugale ?

L’abandon intentionnel d’un époux dans un environnement dangereux pourrait ainsi caractériser, selon les circonstances, un manquement aux obligations matrimoniales. Cette qualification n’est toutefois pas automatique. Elle dépend notamment du contexte du conflit, de la volonté d’abandonner, de la vulnérabilité du conjoint, des caractéristiques du lieu et du risque effectivement encouru.

La question peut alors se présenter dans le cadre d’un divorce pour faute. L’article 242 du Code civil permet de demander ce divorce lorsque des faits imputables au conjoint constituent une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage et rendent intolérable le maintien de la vie commune. Un épisode qualifié de « divorce alpin » pourrait donc figurer parmi les faits soumis au juge, sous réserve d’une gravité suffisante et de la réunion des conditions légales.

Jusqu’où les conséquences d’un abandon peuvent-elles aller ?

L’affaire autrichienne du Grossglockner montre la gravité que peut atteindre un abandon en milieu extrême. En janvier 2025, une femme de 33 ans, moins expérimentée que son compagnon, a été laissée en montagne alors qu’elle était désorientée, épuisée et en hypothermie. Elle a été retrouvée morte le lendemain. Relevant d’un droit étranger, cette affaire ne permet aucune conclusion directe en droit français de la famille, mais révèle les conséquences possibles d’un comportement présenté initialement comme la suite d’une dispute conjugale.

Le « divorce alpin » ne constitue donc pas une nouvelle forme de divorce. Il désigne un comportement dont les effets juridiques doivent être examinés à partir des règles existantes.

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